“Deep Water/Eaux Profondes” (2022) J’ai vu ce film d’un bout à l’autre. Et pendant ces presque deux heures de perdues, je me suis demandé où tout cela menait. Je n’ai pas trouvé la réponse, hélas. Seule la gamine m’a laissé bouchée bée. Elle est incroyable et on ne la voit pas assez. Sans doute une nouvelle enfant star !

Cela va être difficile et long de parler ce nanar, tant il est mauvais. Catastrophique enfilage de perles. Mal écrit, mal monté. On nous offre Ben Affleck sous toutes les coutures de l’unique expression “poker face” qu’il ose arborer devant ce néant absolu. Affleck, cocu jusqu’au trognon, qui se débarrasse des amants (et y en a un paquet !) de sa femme – perverse, nymphomane, égocentrique, superficielle et alcoolique- pour laquelle il se plie en quatre. Ennui, ennui, ennui. Aucun intérêt. Un film vraiment nul dont même Ben (qui est pourtant capable de bien jouer) n’arrive pas à remonter le niveau. Des scènes obscènes inutiles juste pour remplir les longueurs interminables.

Les plateformes de streaming s’autorisent à nous maintenir abonnés en payant grassement une tête d’affiche, mais avec une histoire qui tient sur un timbre poste. C’est sûr que personne ne se serait déplacé au cinéma pour voir un tel ratage. D’ailleurs, disponible en streaming, « Eaux Profondes » a su éviter l’humiliation d’une sortie vouée à une déculottée annoncée en salles. Je suppose que la bande annonce doit être très trompeuse, parce qu’en réalité il ne se passe rien. Mais vraiment rien !

Le jeu tourne rapidement en rond avec une telle platitude qu’on se fout royalement, tout comme les scénaristes d’ailleurs, des motivations respectives de l’insatiable Ana de Armas et de l’affligeant Ben Affleck. J’ai attendu un retournement de situation jusqu’à la fin, mais rien ! J’ai eu l’impression de me noyer, comme les amants de la femme de Vic. Je crois d’ailleurs que c’est l’initiative du scénariste de nous noyer dans un flot d’ennui et que c’est pour ça qu’il a intitulé son film ainsi.

Seuls intérêts, une paire de seins et un magnifique vélo Gravel. Sinon, un film plat, ennuyeux qui n’arrive à nous accrocher qu’avec l’envie de mettre des claques à tous le monde. Bref, on comprend mieux les fantasmes inassouvis du réalisateur au détriment d’une histoire intéressante. Honnêtement, j’attendais que Ben annonce à Ana qu’il était Batman !

En tout cas, difficile de savoir ce qui a poussé Adrian Lyne, 81 ans, à remettre le couvert, deux décennies après son dernier long-métrage, Infidèle (décidément) et à adapter Patricia Highsmith (le film de Michel Deville est loin dans la mémoire de certain et absent de la mienne, hélas, mais il était forcément meilleur, cela ne doit pas être difficile).

J’ai trouvé d’autres critiques qui viendront aisément compléter la mienne :

1) «Lyne n’a pas vraiment changé de style depuis les années 80, plat illustrateur dans Eaux profondes, d’une histoire censée troublante qui met aux prises un couple étrangement assorti, à savoir une probable nymphomane et un possible psychopathe. Le second n’a strictement aucun intérêt tandis que son épouse pourrait en avoir, éventuellement, si son comportement avait un minimum de cohérence vis-à-vis de son conjoint, par ailleurs “cultivateur” d’escargots (un détail sans importance, en effet), et s’il n’y avait pas, au fond, de vieux relents de misogynie rance, derrière tout cela.. Il se passe quoi, en fin de compte, dans ce film grotesque avec deux riches oisifs qui passent leurs soirées dans des réceptions arrosées et futiles et s’occupent de leur fillette, quand il leur reste un peu de temps ? Les personnages secondaires sont aussi superficiels que l’intrigue, pour ne pas dire ridicules, et les quelques crudités dans des dialogues ineptes de même que quelques gestes frileusement “osés” tentent de nous faire croire, sans succès, que nous sommes en présence d’un thriller (rires) érotique (nouveaux rires). Ben Affleck, avec sa barbe permanente de 3 jours, semble s’ennuyer fort (au moins, il aura pu faire quelques hectomètres de VTT dans les bois) tandis que la splendide Ana de Armas (que l’on se souvienne de Cuban Network) essaie tant bien que mal de comprendre la psychologie de cette femme fractale. Mais à l’impossible, nul n’est tenu.»

2) Fut un temps où le nom d’Adrian Lyne était synonyme de thrillers doucereusement sulfureux, à un moment où le sous-genre ravissait une génération de mâles en furie devant l’hypersexualisation du corps féminin. L’Échelle de Jacob est à part, convenons-en. Thriller dingo s’il en est, le film est avant tout l’anomalie dans la carrière du réalisateur, puisque l’essai ne sera jamais transformé. La postérité étant ce qu’elle est, on s’attache à la vue d’ensemble et pas au petit détail étrange sur la toile. Ne restent donc que des intrigues moites pas très fines que Lyne laissa dans le sillage des années 80/90 et tout début 2000 avec le suranné Infidèle(2002). Après une “pause” de 20 ans, le revoilà pour…un énième thriller domestique à tendance lascive. Joli coup ? Eaux Profondes tient plutôt de la débandade.

3 ) Quarante ans passées à scruter les fantasmes inavouables, ça fatigue au bout d’un moment. Et c’est tout à fait l’effet que produit cette nouvelle incursion, un long-métrage fatigué. Au sens littéral. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder Ben Affleck plus éteint que jamais alors que sa compagne se fait bricoler la cliquette. Pendant 15 minutes, on pense qu’il y a un truc. La suite confirme que non, le comédien n’a vraiment aucune envie d’être là. Une symbiose presque idéale avec le spectateur, malmené de scène en scène, s’efforçant de dégager un sens à ce qu’il voit. Peine perdue, plus on cherche, moins on trouve. Eaux Profondes établit une performance que fort peu d’œuvres arrivent à atteindre (ce qui légitime un minimum de sympathie) : l’incohérence la plus totale.

4) Retenez-bien une chose : RIEN ne va dans l’intrigue. La situation de base est trouble, les enchaînements sont continuellement invraisemblables, les comportements au delà de l’illogisme, Ana de Armas change de registre toutes les cinq minutes. Déjà qu’il faut déjà passer outre l’écriture on ne peut plus gênante du personnage de Mélinda, une érotomane patentée qui ne pense qu’à se faire exploser le terrier…La mise en scène aurait pu tourner ces excentricités en piège sadique ? Peut-être. Sauf qu’Adrian Lyne n’a même pas envie de jouer avec la boussole morale ou les certitudes de son public. Vu qu’aucun personnage n’agit avec un semblant de rationalité, l’empathie n’est jamais de mise pour personne. En plus d’être affreusement mal écrit et ringard, ce curieux objet vous rappelle combien 1h55 peuvent paraître longue quand on a rien à se mettre sous la dent.

5) Et l’érotisme ? Le film aurait déjà été qualifié de prude en 2000, est-il nécessaire d’éventer encore plus le bluff derrière sa promo mensongère ? Bon allez, admettons que voir Ben Affleck s’occuper de ses gastéropodes pendant qu’il imagine sa femme se frotter la péninsule à de quoi troubler les esprits. Puis cette course-poursuite finale qui permet à Eaux Profondes de toucher les abysses du nanar cycliste. Si on est d’humeur taquine, quiconque se fera une joie de recommander le film à ses amis, histoire de leur garantir leur plus belle gueule de bois millésime 2022.

6) Vingt ans sans nouvelles d’Adrian Lyne depuis son remake de La femme infidèle de Chabrol (Unfaithful). Il aurait mieux fait de ne pas sortir de sa retraite, ce Deep Water est raté sur toute la ligne. Ne parlons pas de mise en scène, il n’y en a pas. Que dire du scénario, tout sauf sulfureux comme on voudrait nous le faire croire (surtout pas avec des couples qui font l’amour habillés.)… Le récit est sans surprise, mais totalement invraisemblable, avec des personnages antipathiques, aux réactions souvent incompréhensibles. C’est long, ça ne décolle jamais, et ça finit en eau de boudin. L’interprétation ne sauve rien. Seul Ben Affleck tire son épingle du jeu. Sa partenaire Ana de Armas (aussi ensemble à la ville au moment du tournage) est beaucoup moins convaincante. On est bien loin des thrillers érotiques des années 80 de l’auteur, cela nous donne juste une furieuse envie de revoir Liaison fatale ou la version de Michel Deville ! Bref, un ennui mortel pour un ratage total.

mon évaluation

Rating: 2.5 out of 5.

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