« Je n’avais jamais été superstitieux, mais lorsque j’entrai dans le hall de cet hôtel, un simple regard distrait posé sur le registre me laissa pétrifié…”
En effet, une troisième personne venait d’être rayée de la liste. C’est là, à ce moment-là, que j’avais décidé de partir. Je pouvais très bien être le suivant, n’est-ce pas ?
Dans les prochains jours, je vais peut-être commencer à jeter du sel par-dessus mes épaules, m’acheter un collier, voire un bracelet qui offre la protection d’un ou plusieurs dieux. Et aussi, pourquoi pas, me méfier, entre autres, des échelles, bien que je sache que si l’on passe volontairement sous une échelle la fameuse malédiction ne se produira point…
Tout a commencé quand je suis arrivé dans cet hôtel. J’ai tout de suite sympathisé avec d’autres résidents, sociable comme je suis et sympa comme ils étaient, avant d’aller me coucher, fatigué, épuisé par mon éprouvant voyage. Avant de fermer la porte de ma chambre, j’ai remarqué un chat noir, aux yeux verts luisants, sur le pas d’une autre porte que la mienne. N’y prêtant presque pas la moindre attention, du moins au début, je lui ai presque souri d’un air moqueur.
Ce soir-là, j’ai sombré dans les bras de Morphée assez rapidement…
En me réveillant le lendemain, j’ai immédiatement jeté un œil dehors pour me faire une idée des prévisions météorologiques pour la journée. Je n’avais pas à m’en inquiéter : il faisait un temps splendide !
Je descendis les marches (mais non, je ne les ai pas tués, voyons !) pour aller prendre un petit déjeuner, lorsqu’on m’annonça que, tôt le matin, une ambulance était venue chercher l’un de mes voisins de palier, ici, à l’hôtel. Il est apparemment tombé dans les escaliers et a été évacué à l’hôpital. Je ne sais pas exactement ce qu’il a eu. Probablement quelques fractures…
Un accident ? Sans doute. Qu’est-ce que cela pouvait bien être d’autre ?
Bref, j’ai ouvert le journal, tout en buvant mon thé et en croquant dans ma tartine, pour constater que le monde allait toujours aussi mal et que tant que l’être humain sera sur la planète, la paix ne viendra pas. Puis, je me suis levé pour aller visiter cette ville que je voulais tant voir et cela depuis l’enfance. Je n’ai pas été déçu. Ma journée s’est bien passée. Peut-être même un peu vite. J’ai adoré ce que j’ai découvert. Cette cité valait la peine d’être construite !
De retour dans ma chambre, la tête pleine de souvenirs, je m’assis sur mon lit. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je me sentais bien dans cet hôtel. Il n’était pas cher et était agréable. En refermant à nouveau ma porte avant de me coucher, je revis le chat noir qui passait dans les couloirs durant le soir. C’est alors que je me mis à penser aux célèbres textes d’Edgar Poe, ainsi qu’à quelques films d’horreur reposant sur ces félins sombres…
Le lendemain, même scénario : quelqu’un d’autre avait fait un accident dans l’hôtel et son nom fut aussi rayé.
Le troisième jour, j’avais de nouveau oublié le chat noir en me réveillant, bien que je l’aie revu pour la troisième fois la veille, exactement dans les mêmes conditions. Ce n’est qu’au moment où mes yeux se posèrent sur le registre que je vis un nouveau nom biffé, un nom qui ne devait pas disparaître avant quatre jours, à savoir le temps de séjour de cette personne.
Oui, je savais bien qu’un nom biffé signifiait un départ et que ce n’était qu’une coïncidence, un départ avancé ou je ne sais quoi… enfin…
Je ne savais plus, j’étais soudain perdu. C’était étrange : des personnes, avec qui je me suis plutôt bien entendu, partis prématurément les uns après les autres.
Sans réféchir beaucoup plus, ce troisième jour, je décidai de partir, de quitter ces lieux probablement maudits.
Ma voiture se trouvait juste en face. Je l’avais garé là. Je n’étais pas venu avec un autre moyen de locomotion. Je fis des kilomètres pour regagner mon petit chez moi, heureux néanmoins d’avoir enfin visité cette ville qui se trouvait et qui me semblait, à cet instant-là, déjà si loin.
Après avoir déposé mes affaire sur le sol de ma chambre, je me posai sur mon fauteuil le plus confortable et restai là, songeur, contemplant le ciel depuis mon salon.
Quelques jours plus tard, j’appris qu’il ne restait plus personne à l’hôtel. Tous avaient disparus… mystérieusement…
Plus personne ne demeurait là-bas, à l’exception du chat et… de son maître, le gardien du bâtiment !
J’étais à ma fenêtre quand une onomatopée me fit sursauter : c’était un « Miaou ! » comme je n’avais plus envie d’entendre, du moins à ce moment-là. Tournant le regard, je vis… un chat, comme par hasard !
Ce qui rassura un peu, c’est que c’était un siamois et non pas un félin noir. Je découvris par la suite que son propriétaire était récemment décédé, ainsi, ne me demandez surtout pas pourquoi, je décidai de le garder…
Était-ce pour en finir avec cette vie, sachant qu’on n’échappait pas à son destin, ni à une malédiction ?
Probablement !…
Biboz, Novembre 2001
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