Denise au téléphone (1995)

Denise appelle !

Comédie romantique indépendante inventive et plus courte que la moyenne. En effet, il est marqué à plein d’endroits que le film dure 1h20. En réalité, il dure 1h13… sans compter les génériques de début et de fin.

DENISE CALLS UP (titre original) suit un groupe de jeunes professionnels accros au travail qui limitent leur vie sociale et leurs interactions aux lignes téléphoniques. Grâce à une solide distribution, DENISE CALLS UP est un examen intelligent et drôle de l’amour dans les années 90, ainsi que de tous les tracas de la vie moderne de l’époque.

Quand j’avais vu ce film, je devais être au lycée. Je n’avais probablement pas adoré… mais j’étais loin de penser que ce film allait avoir un tel impact sur moi. Il ne m’as pas hanté, mais il m’a clairement obsédé. Et aujourd’hui, je me dis que c’est quand même fou l’avant-gardisme qu’ont certaines personnes, dont certains artistes, réalisateurs, musiciens, écrivains.

Je pense notamment au clip “It Pays To Belong” de The Blow Monkeys où l’on voyait plein de personnes, dont les membres du groupe, sur leurs téléphones, alors que c’était en 1988 ! Je sais que si on remonte encore plus loin, on tombe même si un ou plusieurs films en noir et blanc qui prédisaient déjà cela. Ces créateurs disent souvent qu’ils ont simplement observé la société et se sont imaginé la dystopie que cela allait être. En d’autres termes : comment va évoluer la société si elle continue sur ce chemin !

Oui, je parle aussi, bien sûr, de George Orwell et de ses “1984” et “Animal Farm”, William Golding et son “Lord of the Flies”, ainsi que Ray Bradbury et son “Fahrenheit 451”.

Denise Calls Up est certes avant tout une comédie. Mais c’est aussi tragique et criant de vérité. Je ne suis pas resté sur autre chose que sur un goût amer, à la fin. Je trouve tout cela vraiment dramatique et totalement effrayant.

Une autre chose qui est effrayante et dramatique, c’est que quelqu’un qui verrait ce film aujourd’hui pour la première fois ne verrait même pas ce qu’il y a d’extraordinaire. Ils diraient même que c’est d’une banalité affligeante et ennuyante. Dois-je en déduire que les histoires avant-gardistes deviennent aussi ringardes une fois le cap passé ? Une fois l’époque annoncée arrivée ?

C’est sûr que les téléphones et les ordinateurs ont bien évolué, mais là on montre des gens qui ont des choses qui n’existaient encore même pas. En 1995, c’est sûr qu’Internet était là depuis un moment chez les militaires… mais pas chez les civils. Combien de temps faut-il pour que l’un arrive vers l’autre ? Trente ans ? Vingt ans ?? Moins ??? Évidemment, c’est bien gardé secret !

Il y a trois scènes qui m’avaient vraiment marqué : l’accouchement, l’accident et la dernière scène.

Un vrai tragi-comique avec des dialogues du genre :
«Gail est morte.

  • Oh mon Dieu, ça c’est horrible !… Qui est Gail ?
  • Celle qui m’a présenté Barbara. On n’a pas encore eu l’occasion de se voir… mais ça va se faire !»

Il y a aussi du : «Oh… Excusez-moi… je vous ai réveillé ? Vous pouvez vous rendormir !!!» qui m’avait déjà bien fait rire à l’époque.

«Pourquoi il n’y a plus de romantisme ?»
Comme quoi… il y a des choses qui ne changent pas. On croit que les époques diffèrent radicalement. Il me semble, très souvent, que les protagonistes, les acteurs changent, mais que les événements et les réactions humaines n’évoluent pas tant que ça.

Depuis très longtemps on dit des choses comme «Ah la la ! Ces jeunes qui sont paresseux et qui ne font que des bêtises ! Je ne sais pas comment va être leur avenir…»
Le fait est que ces jeunes en question finissent régulièrement par s’en sortir, mais fait oublier à la personne qui critique qu’il était aussi jeune et que ses propres parents ont dû penser ça de lui auparavant. C’est une sorte de blessure héréditaire. “J’ai été blessé, alors je dois aussi blesser.” Consciemment ou non. Et ce genre de phrases existe depuis des siècles.

C’est assez troublant de revoir ce film trente ans plus tard, alors qu’il ne m’a jamais vraiment quitté. Pourtant, j’avais peur de ne pas aimer cette fois. Mon cœur me dit de mettre la note maximale, mais ma tête me rappelle qu’il y a quand même des longueurs et que tout n’est pas perfection. Si je mets ce film dans les chefs-d’œuvre, dans ce cas, où placerais-je ces films comme American Beauty (1999), Seven (1995), Jacob’s Ladder (1990), The Life of David Gale (2003), Gremlins (1984), The Dark Crystal (1982), Alien (1979), The Big Lebowski (1998), Finding Neverland (2003) ou encore Benny & Joon (1993) ? On ne peut pas dire que je soies déçu, mais j’aurais voulu qu’il soit encore mieux. Il m’est parfois dur de me contenter de peu.

Un fait qui m’a surpris est que je ne connais toujours aucun acteur de ce film… mis à part Liev Schreiber ! Cela ne m’a pas fait l’effet Flatliners (1990). En effet, quand ce dernier était sorti, je ne connaissais que Julia Roberts ! Aujourd’hui, je vois très bien qui sont les quatre autres, à savoir Kiefer Sutherland, Kevin Bacon, William Baldwin et Oliver Platt. Mais les acteurs et actrices de Denise Calls Up sont soit discrets, soit ils n’ont joué que dans des films indépendants ou alors n’ont jamais vraiment percé.

Pourtant, certains ont une sacré filmographie ! En tout cas, celle qui joue Denise est fabuleuse. Alanna Ubach a apparemment aussi joué dans Renaissance Man (1994) que j’avais beaucoup aimé et dans l’hilarant Sister Act 2 (1993).

Dans ce film, Denise est enceinte. Dans la vraie vie, Alanna a dû attendre 2017 pour réellement donner naissance… à un fils !

Quant à Liev Schreiber, non seulement c’est un acteur, mais il a aussi réalisé Everything is Illuminated qui mettait en scène Elijah Wood. Il a pas mal roulé sa bosse. Il a joué dans The 5th Wave (2016) aux côtés de Chloë Grace Moretz, Maika Monroe et Maria Bello. Il est dans le très bon Spotlight (2015) dans un casting formidable composé de Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams et Stanley Tucci. Il a marqué les fans de super-héros en jouant Victor Creed, alias Dents-de-Sabre, dans X-Men Origins : Wolverine (2009). Il était de passage dans le slasher Scream 3 (2000). C’est l’acteur principal de la série Ray Donovan. Bref !

Je suis assez surpris de voir le nombre de jaquettes que ce film a ! C’est comme si on ne savait pas comment le vendre, comment le rendre attirant. Il y a des couvertures où l’on ne voit que Denise ou alors Denise au milieu et tous les autres autour, en train de parler au téléphone. On peut également trouver un gros plan d’un vieux téléphone à cadran, sur lequel on voit la photo de chaque protagoniste inséré dans les trous du cadran, toujours avec Alanna Ubach mise en avant.

Bon, après, on peut aussi trouver les photos et posters avec Caroleen Feeney mis en évidence. C’est la seule qui se dénude dans le film, donc, forcément, on trouve des jaquettes où elle se trouve au centre de tout le monde. Par exemple, il y en a une qui montre chaque acteur dans des cabines téléphoniques mises en cercle avec Caroleen assise sur celui du bas, en lingerie, avec un grand sourire. Et le pire, c’est que ça devient de plus en plus exagéré : on peut aussi la trouver couchée sur son lit, presque nue, au téléphone, à gauche de l’image, et voir Denise sur la droite… sans avoir l’ombre d’un autre personnage ! Et je vais terminer en parlant de la couverture qui montre carrément Feeney deux fois : une fois (apparemment en train de lécher le combiné !) parmi les trois personnages dont on voit les visages en gros plan et une fois en bas de l’image dans sa tenue dénudée dans une pose suggestive. À noter qu’elle regarde en avant sur la photo de visage, tandis que Timothy Daly regarde à sa gauche et Alanna Ubach à sa droite… ce qui donne l’impression d’une certaine complicité dans tous ces regards.

Il est évident que si on met (trop) la sexualité d’un film en avant afin d’attirer une catégorie de spectateurs, ils vont forcément ressortir déçus. Ne pas tenir des promesses peut être fatal pour une œuvre d’art.

Caroleen Feeney (Escape from L.A., Bad Manners, Chow Bella, The Citizen, Avalanche, Max) a joué dans au moins trois films sous la direction de Hal Salwen (comme His & Hers, par exemple), dont deux avec Liev Schreiber. Les deux doivent plutôt bien s’entendre !

Sinon, à la fin des crédits du générique, on peut lire «Ce film est dédié à la mémoire de mon père qui est décédé beaucoup trop jeune.»

Pour conclure :

Comme vous l’aurez compris, ces portraits de New-Yorkais célibataires dans l’air du temps des 90s, qui ne vivent et ne communiquent que par téléphone, fax, ordinateur, de leur salle de bains au réveil jusqu’au moment de s’endormir, en pensant à l’élu de leur cœur, est assez triste. Selon notre sensibilité, on peut voir ça comme touchant ou, au contraire, comme terriblement énervant et pathétique. Mais d’où vient cette irritabilité ? Il est grand temps de se poser des questions face à notre propre miroir. Et ce n’est pas une mince affaire…

Attention : Spoilers Alerte !!!

Six jeunes New-Yorkais ne communiquent plus entre eux que par téléphone et répondeur. Les rendez-vous prévus tombent constamment à l’eau, parce qu’ils sont oubliés ou annulés par pseudo manque de temps. Au téléphone, les protagonistes apprennent cependant les détails les plus intimes de l’autre et partagent ainsi leurs besoins, leurs névroses et leurs secrets. Frank et Barbara tombent même amoureux et le premier rapport sexuel a lieu au téléphone. Un jour, Denise intervient et annonce à Martin qu’elle attend un enfant de lui grâce à son don de sperme. Toute la clique participe à la conférence téléphonique.

Plus haut, j’ai écrit «Il y a trois scènes qui m’avaient vraiment marqué : l’accouchement, l’accident et la dernière scène.» Ce n’est pas tout à fait exact ! En fait, tout s’est quand même bien mélangé dans ma tête.

1) La scène de l’accident, j’avais en tête une homme qui conduisait et qui faisait son accident pendant qu’il laissait un message sur un répondeur… alors que c’est une femme… qui téléphone effectivement à une autre femme ! Je pensais que celle qui faisait l’accident était celle qui recevait le message !

C’est complètement dingue ces fausses mémoires. C’est vraiment quelque chose de fascinant… tout comme le sujet de ce film !

2) la scène de l’accouchement, ça oui : je la voyais tout aussi déjanté… mais le fait que ce soit justement Liev Schreiber qui tombe à genou à ce moment-là n’a fait que doubler mon plaisir !

3) la dernière scène… en fait, je m’en souvenais qu’à moitié. J’avais complètement évincé de mon esprit le fait que Denise se trouvait là, elle aussi, au milieu des autres. Tout comme j’avais omis que ça se termine, malgré tout, sur une note positive et une belle lueur d’espoir.

Rating: 4 out of 5.


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