Year 10 (2024)

Dans un monde dystopique oĂč l’environnement est devenu dangereux et oĂč le cannibalisme est la seule issue pour les humains de rester en vie. Lorsqu’une tribu violente assassine son pĂšre et vole les mĂ©dicaments qui permettent Ă  sa petite amie de survivre, Jake s’embarque dans un voyage pĂ©rilleux afin de lui venir en aide.

Dix ans aprĂšs la chute de la civilisation, les personnes encore en vie ont recours au cannibalisme pour survivre. Il y a peut-ĂȘtre des exceptions, mais Ă  part les deux lignes de prĂ©sentation du dĂ©but, on ne nous donne pas vraiment de contexte Ă  cette histoire. On se contente de suivre un homme qui tente de remettre la main sur des antibiotiques. Pour cela, il doit Ă©viter les meutes de chiens affamĂ©s et un gang de cannibales trĂšs violents. Je m’attendais Ă  voir pas mal de loups, surtout quand on voit la jaquette du film, mais je vais me contenter de ce que j’ai eu.

Le suspense est trĂšs prĂ©sent dans ce monde presque post-apocalyptique. Mais au bout d’une heure, cela devient tellement exagĂ©rĂ© que ça en devint Ă©nervant. Il y a des scĂšnes qu’on sait trĂšs bien impossible hors cinĂ©ma, dans la vie rĂ©elle.

Ben Goodger est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste britannique. Du coup, je suppose qu’on peut dire que c‘est un film britannique ! Quelqu’un a une objection ??

En tout cas, je ne connaissais pas du tout ce rĂ©alisateur. Surtout qu’il ne faut pas le confondre avec l’autre Ben Goodger (nĂ© Ă  Londres, en Angleterre) qui est un ingĂ©nieur logiciel britannico-nĂ©o-zĂ©landais surtout connu pour son travail sur les navigateurs Mozilla Firefox et Google Chrome. En 2024, il avait rejoint OpenAI, en se concentrant sur le dĂ©veloppement de ChatGPT Atlas. Mais on n’est pas lĂ  pour parler de lui, ici !

Notre cinĂ©aste, Benjamin Goodger, aussi de Londres, est titulaire d’un diplĂŽme en anthropologie de l’UCL. Il a une passion pour les films de genre saisissants avec des thĂšmes universels.
Il y a certainement pas mal de personnes qui ont dit ou pensĂ© que ce film n’a rien d’incroyable. Et pourtant !

En effet, il n’y a aucun dialogue dans ce film. Il me semble que pas un seul mot n’est prononcĂ©. C’est ce qui fait que ce film peut ĂȘtre vu par n’importe qui parlant n’importe quelle langue. De plus, on y parle clairement et canibalisme, mais aucune scĂšne de violence insupportable, pas de torture, pas de gore
 et c’est tout ce que je demandais ! Du coup, je respecte Ă©normĂ©ment ce film. Certes, il y a de la violence, des meurtres, des combats, c’est inĂ©vitable pour un tel sujet et le film est un peu basĂ© sur la vengeance, bien que ce ne soit pas le thĂšme principal. Le hĂ©ros veut avant tout trouver des mĂ©dicaments pour sauver sa bien-aimĂ©e plutĂŽt que d’absolument retrouver ceux qui ont tuĂ© un de ses trĂšs proches membres de famille.

Il est difficile de suivre un film sans parole. Tom Hanks avait Ă©tĂ© magistral dans Cast Away (2000), mais ce n’est pas donnĂ© Ă  tout le monde. J’ai lu des haters dire que les acteurs sont mauvais, mais ne les Ă©coutez pas, ne les lisez mĂȘme pas ! Bouchez vos yeux et vos oreilles quand vous entendez des gens juste vocifĂ©rer pour se sentir exister tout en croyant qu’ils sont intĂ©ressant et trĂšs intelligent.
Non, pour moi, c’est une histoire prenante du dĂ©but jusqu’à la fin, trĂšs bien filmĂ©e et des acteurs convaincants. Avec peu de moyens, on peut rivaliser avec des films Ă  trĂšs gros budget ennuyeux. Il y a, comme je vous l’ai dit, des moments trop exagĂ©rĂ©s, mais ils sont aussi accompagnĂ©s d’un suspense assez insupportable. Aucun jump scare n’arrivera jamais Ă  rivaliser avec des scĂšnes qui tiennent en haleine pendant plusieurs secondes, voire minutes.

Il paraĂźt que les trois premiers films du rĂ©alisateur ne sont pas accessibles au grand public et c’est bien dommage, car on rapporte qu’ils ont retenu trĂšs favorablement l’attention des jurys devant lesquels ils ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s. Ce Year 10 est donc officiellement son premier.

En tout cas, si je juge de par ce long-mĂ©trage, le britannique est promis Ă  un formidable destin. Avec un scĂ©nario qui tient en 5 lignes, un budget rachitique, des dĂ©cors d’une simplicitĂ© dĂ©sespĂ©rante, Goodger nous tisse un suspense les plus intenses. Et tout ça sans zombi ! Les choix de prises de vue sont toujours extrĂȘmement sobres et d’une efficacitĂ© redoutable convergeant vers le mĂȘme objectif : faire ressentir la rudesse et la cruautĂ© ambiantes. Parfois, Goodger se risque Ă  des plans extrĂȘmement sophistiquĂ©s. Mais lĂ  encore, rien de gratuit : booster au maximum le suspense, et proposer un renversement de situation inattendu.

L’autre exploit du film est justement ce fait qu’il n’y ait aucun dialogue prononcĂ© pendant toute sa durĂ©e. Et la rĂ©ussite de ce pari, on la doit Ă  l’excellence des acteurs, capables de dĂ©gager une expressivitĂ© maximale. Notamment l’acteur principal, qui n’est autre que l’autre frĂšre Goodger : Toby. Le film semble d’ailleurs avoir Ă©tĂ© fait en famille, car on en retrouve un autre membre dans le gĂ©nĂ©rique. Devant autant d’excellence, aucun cinĂ©phile, normalement constituĂ©, ne bouderait une suite.

Pour résumer :

Nous voici plongĂ©s dans un monde impitoyable oĂč la moindre erreur ou le moindre bruit se paie cash. On se met facilement Ă  la place de Jake alors qu’il avance avec peur vers son but. Chaque fois qu’il doit prendre des risques, la tension est Ă  son comble. Ces moments-lĂ  sont largement plus intenses que les quelques confrontations. Il ne faut Ă©videmment pas ĂȘtre trop regardant sur le scĂ©nario ou certaines dĂ©cisions, mais l’essentiel est assurĂ©. Dans une ambiance aussi poisseuse qu’oppressante, Year 10 est donc un survival post-apocalyptique minimaliste et efficace qui tient en haleine jusqu’au bout. Et j’ai bien apprĂ©ciĂ© la fin.

Rating: 4 out of 5.

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